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Jeanne Sélène

Promotion d’ouvrages

Stands, salons et marchés : le tiercé gagnant ?

Bonjour Jeanne, pour celles et ceux qui ne te connaissent pas, (si cela existe), je te laisse te présenter en terminant par l’écriture et toi, comment tout a commencé ?

Bonjour ! Je suis donc Jeanne, j’ai 35 ans et je vis dans la cambrousse Normande, pas très loin du Mont Saint Michel. J’ai une grande famille autour de moi avec 3 humains de 1 à 40 ans, 1 chien, 1 chat, 5 chevaux et même un adorable lama ! J’écris depuis un bail déjà. C’est un enseignant de primaire qui m’a mis le pied à l’étrier grâce à des ateliers d’écriture. J’ai ensuite écrit dans un fanzine dédié à l’univers de Pern (Anne McCaffrey). Au collège, j’ai eu la chance de gagner un concours de nouvelles. Nous devions être édités, mais cela s’était terminé par une simple page Internet. Autant vous dire qu’à l’époque, l’impact avait été nul…
C’est ensuite au lycée que j’ai entamé l’écriture de mon premier roman : « Balade avec les Astres ». Le deuxième a suivi alors que j’habitais à Caen le temps d’une année de prépa, mais j’ai ensuite dû faire une croix sur l’écriture quelques années : je cumulais deux formations universitaires à Tours et j’étais débordée !
Il a fallu attendre 2009 pour que je commence à partager mon premier roman sur un blog. Finalement, ce sont mes lecteurs et lectrices qui m’ont convaincue de tenter l’édition. Après la lecture de nombreux témoignages, je me suis tournée vers l’autoédition et je ne le regrette pas du tout. J’avoue que, même si c’est parfois épuisant, j’aime assez garder le contrôle sur chaque étape de la publication de mes ouvrages. Je m’entoure cependant de nombreuses personnes : bêta-lecteur·trice·s, correctrice (Françoise, de Sans Coquille, qui est adorable et très pro), illustratrice·teur·s (ils sont trop nombreux pour les citer tous·tes !), imprimeurs, comédien·ne·s et technicienne postproduction pour mes audiolivres, etc.

Attention, la mitraillette « questionnelle » va sévir. Raconte-nous ta première fois. Marché, dédicace ou salon ? C’était où et quand ? À quel point cela a été formateur pour toi ? Tes impressions, états, avant, pendant et après ?

Ma toute première séance de dédicace s’est déroulée dans un Espace Culturel, un peu avant Noël. Je n’avais aucune idée du nombre d’ouvrages qu’il fallait apporter et ne connaissais à l’époque aucun collègue aguerri pour me renseigner. J’étais morte de trouille à l’idée de parler aux gens (je suis d’une tendance ermite assez soutenue, à la base !).
Je me suis donc retrouvée à l’entrée de la librairie, dans la galerie marchande, juste à côté d’un groupe d’automates qui jouait en boucle le même chant de Noël. J’ai passé la journée à avoir envie de me glisser sous la table et à ne pas oser interpeller les passants.
De mémoire, j’ai dû vendre 3 livres, dont un à ma maman qui avait fait le déplacement pour cette grande première ! Pas très glorieux, donc !
Je suis repartie avec une impression un peu bizarre : celle d’avoir été un animal de foire qui effrayait les gens autant qu’ils m’avaient effrayée. Malgré tout, je n’étais pas découragée et j’ai commencé à démarcher des salons locaux dans la foulée.

Aujourd’hui, tu cumules près de 100 salons et dédicaces. Le plus rentable humainement et pécuniairement, salon ou dédicace ? On reparlera plus loin de Paris.

En terme du nombre de ventes et donc du nombre de nouveaux lecteurs acquis, la grande gagnante est pour moi la séance de dédicace en Cultura ou Espace Culturel. J’y suis toujours très bien accueillie et comme je n’ai plus peur d’entrer en contact avec les passants, quitte à me prendre de jolis vents, j’y vends assez bien. À chaque séance, je rencontre des personnes adorables avec lesquelles j’ai de longs échanges passionnants.
Humainement parlant, j’aime énormément les salons pendant lesquels je peux papoter avec des collègues, on finit par tous se connaître plus ou moins et l’ambiance est souvent chouette.
Pécuniairement parlant, les petits événements locaux type marchés d’été ou de Noël sont souvent très intéressants pour moi : peu de frais, mais des ventes au rendez-vous !

Au fil des années comment as-tu fait évoluer ton matériel de stand et la présentation de tes ouvrages en fonction des lieux ? Quelles sont pour toi, les recettes qui marchent en termes d’esthétique, que ce soit sur un marché, dédicace en magasin spécialisé ou salon ?

Lorsque j’avais encore peu d’ouvrages, j’étais sur un classique support en bois pour chaque livre. J’aime mettre la première de couverture en avant ainsi et la quatrième à plat devant. Cela permet aux plus timides de jeter un œil au résumé sans avoir à toucher le livre. J’avais aussi quelques décorations de stand à l’époque : petits dragons pour ma fantasy, figurine d’âne pour « La Route des chiffonniers » et de chat pour « L’arbre à chats ». J’aimais bien ouvrir l’un de mes albums jeunesse pour en montrer l’intérieur aussi. Maintenant que j’ai passé la barre des 20 ouvrages, c’est rarement possible de m’étaler ainsi. Je privilégie la présentation verticale : j’ai des supports à plusieurs étages qui me permettent de donner au moins un aperçu des couvertures. J’ai aussi un drôle de support triangulaire qui ressemble un peu à un égouttoir à vaisselle, mais qui est très pratique pour mettre toute ma jeunesse quand j’ai de tout petits espaces.
Mon roll up est aussi très intéressant pour capter le regard et il donne une impression très pro, surtout grâce au magnifique montage réalisé par Shealynn Royan à partir de plusieurs de mes couvertures.
J’ai aussi rapidement investi dans un terminal de paiement CB (SumUp pour moi, si vous voulez un lien de parrainage : SumUp) qui m’a sauvé de nombreuses ventes. Un incontournable lorsque l’on fait beaucoup de salons.
En salon, il peut être intéressant d’ajouter une petite étiquette qui résume votre livre en 5 à 6 mots-clés. Comme il y a beaucoup de choix, cela peut faire la différence. Une touche d’humour permet parfois aussi de sortir du lot, mais ce n’est pas forcément adapté à tous les ouvrages.
Sinon, je recommande aussi le petit badge « autrice en dédicace » lorsque vous êtes en librairie, mais ne vous inquiétez pas, une bonne partie des clients viendra quand même vous demander où trouver tel grand classique ou le dernier best-seller !

Es-tu du genre à te positionner devant ton stand ou derrière assise sur une chaise. En d’autres termes, en vente, es-tu plutôt chasseuse* ou éleveuse* ou les deux ? Pourquoi ?

Je suis presque toujours debout, soit derrière mon stand ou juste à côté. Je vais à la rencontre des gens en proposant des marque-pages. Je demande souvent ce que les gens aiment lire pour les orienter vers l’un ou l’autre de mes ouvrages ou vers un·e collègue (si je suis en salon). Je suis donc plutôt chasseuse à la base de l’échange, mais je déteste forcer les ventes. Il n’y a à mon sens rien de pire que de vendre un livre à une personne qui n’est pas la cible : c’est une très mauvaise pub pour nous, mais aussi le risque de voir cette personne ne plus jamais oser s’approcher d’un stand. J’essaie toujours de laisser une porte de sortie aux gens.
Je n’hésite pas à échanger un peu longuement, je préfère établir un bon relationnel plutôt que de vendre pour vendre. Mon grand souci, c’est mon manque de prédisposition à repérer les différentes physionomies : je suis capable de dire bonjour deux fois à la même personne, c’est un peu la honte parfois !

  • Chasseur : qui traque, va à la rencontre des gens, explicitement il « force » la relation avec pour objectif un one-shot (vente 1ère rencontre)… Après il y a des techniques très douces, mais ce n’est pas le sujet ici.
  • Éleveur : cherche à se constituer un vivier de prospects, mise plus sur le relationnel pour développer ses ventes à terme plus ou moins long.

As-tu des argumentaires de présentations tout fait que tu articules en fonction des situations, des réponses à d’éventuelles objections que pourrait te poser des personnes s’intéressant à tes ouvrages ? Quelle est ta part de préparation à la vente ? Assidue ou au feeling ?

J’ai une petite trame de base pour chacun de mes ouvrages, notamment en jeunesse où je présente autant le sujet que les choix de forme (mise en page, police d’écriture, jeux linguistiques, âges cibles, etc.). Pour autant, je fonctionne principalement au feeling. Je ne vais pas mettre en avant les mêmes éléments en fonction des personnes et de ce que je ressens d’elles. Je tente au maximum de m’adapter et de travailler « au cas par cas ». Dans la mesure du possible, mes dédicaces ont une petite touche personnelle également. Je ne suis pas une machine et mes lecteurs et lectrices non plus, alors j’en profite !

Le Salon du livre de Paris est-il le graal pour un(e) auteur(e) ? Quelles sont les conditions pour y exposer ? Une fourchette de prix pour exposer, à nous donner en tant qu’indépendante ?

Pour moi, ce n’est pas du tout le graal, car c’est juste une question d’euros. N’importe qui peut dédicacer dans ce salon sous réserve de pouvoir payer. Certains petits salons locaux sont bien plus « select » ! C’est en revanche une très belle occasion pour rencontrer des collègues, d’autres professionnels du livre et une large palette de lecteurs et lectrices.
Grosso modo, le prix du mètre carré est à un peu plus de 250 €, c’est donc un très gros budget.

Quels conseils donnerais-tu à une personne sur le point de se lancer ou débutante dans les dédicaces ou salons ?

De ne pas avoir peur de se prendre des vents ! Ce n’est pas grave. Il vaut mieux se « manger » quelques portes que de rester assis en espérant que les gens viennent à nous. On ne risque rien de plus qu’une remarque désagréable et on gagne souvent de beaux échanges avec des personnes adorables (voire on vend un ou plusieurs livres en prime !).

Tu es une autrice indépendante, comment juges-tu le statut juridique et fiscal d’un auteur aujourd’hui ? Quelles sont les avancées en la matière ?

Pour ma part, je trouve notre statut médiocre et terriblement confus. Il n’y a pas de case spécifique pour nous ranger et c’est souvent une source de stress pour moi : suis-je bien déclarée ? Ai-je pensé à tout ?
J’ai opté pour une EIRL afin d’être imposée sur mes bénéfices. J’ai en effet d’assez gros investissements et la microentreprise n’était pas intéressante pour mon cas précis. Pour autant, depuis 2016, certains organismes sont toujours en train de se renvoyer la balle pour savoir où je dois payer certaines cotisations. C’est beaucoup de soucis pour moi qui suis assez phobique de tout ce qui est administratif.
D’autre part, la protection sociale est très mauvaise. L’année dernière, à la naissance de ma fille, je n’ai pu bénéficier d’aucune indemnité journalière. J’étais en dédicace 8 jours après sa naissance !

 

Prête Jeanne pour le questionnaire de Pivot ? 

Mot préféré ?  diaphane
Mot détesté ?  péteux (pour parler des flageolets)
Drogue préférée ?   le camembert de cajou
Son, bruit, aimé ?  le vent dans les feuilles
Son, bruit, détesté ?  une éponge qui frotte une nappe cirée
Juron, gros mot, blasphème préféré ? scrogneugneu
Homme ou femme pour illustrer un billet de banque ? Jane Goodall (éthologue et anthropologue britannique)
Métier que tu n’aurais pas aimé faire ? vétérinaire
Plante, arbre, animal dans lequel tu aimerais être réincarné ? une chauve-souris frugivore
Si Dieu existe, qu’aimerais-tu lui entendre te dire ? C’était une mauvaise blague, je reprends au début !

 

Prospective : comment vois-tu le futur de l’édition, de l’autoédition ?

J’ai raté mon Master des arts divinatoires, je n’en ai donc aucune idée !
Je pense cependant que l’autoédition est vraiment le commerce équitable de l’édition et qu’elle mérite d’être davantage respectée.

Pour terminer Jeanne, tes trois citations/proverbes préférés et ta devise ?

« Sois le changement que tu veux voir dans le monde » (Gandhi)
« Tout ce que vous faites a un impact. À vous de choisir quel impact vous voulez avoir » (Jane Goodall)
« Estimer correctement son degré d’ignorance est une étape saine et nécessaire. » (Hubert Reeves)

Ma devise est « Sois toi-même en dépit du regard des autres. »

 

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Gimonet
Gimonet
1 année il y a

Hello, merci pour cet interview. Je suis toujours impressionné par le travail de Jeanne.
Bonne continuation
Bertrand

Larry

Larry

Issu de la vente et du management, j'ai bifurqué à 180° pour m'installer définitivement dans l'écriture. Je suis un apprenant et mon terrain de développement, c'est la nouvelle et autres récits courts. Je suis un inconditionnel défenseur de l'autoédition. Ma mission est très simple : apporter les solutions aux problématiques des différents maillons de la chaîne de l'Autoédition et de la promotion littéraire.
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