Le processus de création artistique

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Article contributeur. Zoë Hababou notre rédactrice du jour nous parle de la création artistique. Une réflexion poussée, très philosophique, entre inspiration et conscience. Choisissez votre formule.

Larry

Le processus de création artistique

 

Qu’est-ce que l’art ? A quel moment peut-on parler de véritable production artistique ? Qu’est-ce qui différencie une œuvre qui restera à jamais gravée dans le temps d’une simple production destinée à divertir simplement, dans un certain contexte, à une certaine époque ? Et quels sont les mécanismes qui entrent en action dans la création d’une véritable œuvre d’art ?

Voilà les questions auxquelles je tenterai d’apporter un éclaircissement, selon un point de vue qui n’engage que moi, mais qui pourrait malgré tout offrir des pistes à ceux que le thème intéresse.

La difficulté de définir l’art

L’art a une nature indéfinissable, qui échappe sans cesse à tout concept.

  • Il est le produit d’une intention, mais la dépasse largement quand il touche au sublime ;
  • Il est le résultat d’un ensemble de techniques, mais la somme de celles-ci ne suffit pas à expliquer les émotions qu’il provoque.
  • L’art s’adresse à l’intuition, cette partie primale de l’être humain, mais les symboles qu’il manipule sont parfois bien difficile à expliciter, autant pour le créateur que pour le spectateur, sans pour autant que le message subliminale qu’ils véhiculent ne perde de sa force.
  • Il peut être engagé, politique, social, mais dans ce cas comment se fait-il que son impact aille au-delà d’un certain contexte culturel, et qu’il nous touche encore quand celui-ci n’existe plus ?

La difficulté de sa définition vient peut-être du fait qu’il s’adresse à l’être humain dans sa totalité, au travers de toutes ses dimensions à la fois. L’intellect, l’émotionnel, l’intuitif, le sensoriel. Pour qu’une œuvre soit qualifiée d’artistique, elle doit atteindre et toucher de plein fouet l’ensemble du spectre qui constitue l’âme humaine. Et pour cela, elle doit être œuvre de conscience.

Quand la conscience s’immisce dans la création

Cette idée de conscience et de création fait inévitablement penser au concept de Dieu. Les artistes sont-ils les dieux de leurs œuvres ? Ou de simple démiurges ? En d’autres termes, sont-ils de vrais créateurs, qui enfantent un monde à partir de rien, ou bien de simples artisans qui bricolent avec ce qu’ils trouvent ?

La distinction est ténue, et loin d’être évidente. Et à vrai dire, il y a deux écoles. Mais ma réponse à moi ira plus loin et parviendra à conjuguer les deux.

Le terme d’artisan est souvent perçu comme péjoratif, et dans l’acception classique l’art s’oppose justement à l’artisanat, qui n’est qu’une simple production en série, répétitive et sans âme, d’un objet reproductible à l’infini, et qui ne porte en lui aucun signe de l’âme de son fabricant.

L’art au contraire est compris comme quelque chose d’unique, œuvre et non produit, qui reflète l’esprit particulier de l’artiste, et que seul lui peut engendrer. Elle est donc impossible à copier.

Si l’on suit cette vision, l’artiste est donc le dieu de son œuvre. Il est l’auteur total de ce qu’il offre au monde. Il engendre un univers à partir de rien.

C’est un peu trop simple pour moi. Parce que ça ne prend pas du tout en considération l’inspiration elle-même, phénomène mystérieux s’il en est, et présente au contraire l’artiste comme un mécanicien d’enfer, technicien suprême, responsable de tout ce qu’il produit. Père unique et incontesté de son œuvre.

Et l’inspiration, dans tout ça ? D’où vient-elle ? A quoi sert-elle ? Et surtout, est-elle l’esclave de l’artiste, qui l’aurait si bien muselée et soumise qu’elle lui obéirait entièrement, pour lui offrir ce qu’il aurait décidé, lui ?

On arrive au cœur du problème. Il est parfois difficile pour un artiste d’accepter de ne pas être le seul et unique responsable de son oeuvre. Question d’ego probablement. Il n’est pas forcément évident de reconnaître qu’on ne possède pas les pleins pouvoirs sur cette chose magnifique qu’on prétend offrir au monde. Et pourtant. Une œuvre sans inspiration n’est pas une œuvre d’art. Tout le monde sera d’accord sur ce point.

La question est maintenant de savoir quelle est la contribution de l’artiste et celle de l’inspiration dans la création d’une œuvre d’art.

Artiste versus inspiration, qui soumet l’autre ?

Dans la littérature, nombre d’auteurs s’insurgent quand il est question des personnages. Parce qu’ils constituent le symbole parfait de la problématique de la création.

Certains pensent qu’ils ont le contrôle total de leurs personnages, depuis leur naissance jusqu’à la moindre parcelle de leur personnalité et donc de leurs actions.

D’autres affirment que ceux-ci font absolument ce qu’ils veulent, apparaissent et s’expriment comme bon leur semble, et que l’auteur a parfois bien du mal à suivre.

À présent, remplaçons le concept de personnage par celui d’œuvre en général. Nous sommes au cœur du problème.

Par définition, le souffle de l’inspiration est quelque chose qui s’apparente à une grâce divine, provenant d’en-haut, incontrôlable et pourtant hautement désirable, qui pénètre et transcende de fond en comble celui qui a l’honneur de la recevoir, et l’emmène tutoyer les secrets de l’univers afin qu’il puisse les retranscrire dans le monde humain, possédé par une fièvre miraculeuse de créativité.

Sans aller jusqu’à des extrêmes aussi religieux, tous ceux qui ont déjà connu cette grâce et ce vent de folie magnifique font état de la même chose : c’est un phénomène qui nous transcende, sur lequel on n’a aucune prise, et qui va et vient comme il le désire, ce qui l’apparente à une chose gouverné par une volonté propre et parfois tyrannique, mais qui nous rend capable d’engendrer une œuvre qui surpasse de loin, en qualité, en complexité, et en richesse symbolique, tout ce qu’on n’aurait jamais pu inventer seul, par nous-mêmes, en réfléchissant ou en imaginant.

L’alliance de l’artiste et de l’inspiration, au travers du phénomène de la conscience

La conscience, c’est ce qui nous relie à l’universel. Indépendamment de notre personnalité et de nos caractéristiques particulières. Elle existe en chaque homme, et est la même pour tout le monde. Ses messages sont uniques, et pour tout le monde les mêmes. La conscience est une, et nous relie les uns aux autres.

Je soutiens que l’art véritable est celui qui provient de et s’adresse à la conscience, telle une boucle qui s’engendre elle-même et naît de sa fin.

Voilà pourquoi il est le fruit d’une intention consciente, mais la dépasse jusqu’à atteindre le sublime, cette chose insensée dont l’âme ne peut plus prendre la mesure, parce qu’elle transcende tout, même elle-même.

Aussi voilà pourquoi il est le résultat d’un ensemble de technique, que l’artiste met au service de l’inspiration, afin de dessiner, de retranscrire, de recréer, dans ses moindres détails et avec le plus de précision possible, ce que son âme a embrassé dans ces moments uniques de grâce pure, quand il est par miracle entré en contact avec cette chose invraisemblable, parce qu’éternelle, universelle, infinie, qu’on nomme la conscience.

Voilà pourquoi il est en mesure de s’adresser à l’intuition des autres, au travers de symboles universels et d’archétypes. Parce que l’intuition de l’artiste, reliée à la conscience, est la seule part de lui-même en mesure de parler à l’intuition des autres.

Et enfin voilà pourquoi il peut être engagé. Parce que ce qu’il exprime au sujet de la condition humaine est valable partout, tout le temps, depuis toujours, même s’il se sert d’un contexte particulier pour envoyer son message. Celui-ci va bien au-delà d’une époque ou d’une crise politique. Parce qu’il évoque l’être humain dans toute sa complexité, qu’il s’agisse de ses souffrances ou de sa beauté.

L’art, c’est la transcendance, ni plus, ni moins.

 

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Zoe Hababou

Zoë Hababou, vit sa vie, elle ne la rêve pas. Globe-trotteuse, spécialement attirée par l'Amérique latine, elle partage avec sa communauté ses périples. Elle est l'auteure d'un ouvrage littéraire ► Borderline - Niveau -2 : les souterrains ; un rapport direct avec sa spiritualité.

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