Home > VIRTUOSES > Maxime DURANTÉ
Maxime DURANTE

Virtuose : Maxime DURANTÉ

« Briser l’inertie et les illusions »

Premier profil virtuose, nous accueillons Maxime DURANTÉ. Diplômé d’une licence en langues étrangères appliquées, Maxime est un Mont-Blanc de la communication écrite et parlée. Orfèvre du langage aux multiples facettes : correcteur, traducteur, auteur, entrepreneur, portraitiste… Notre invité égrène ses compétences acérées, tel un griffon sur les réseaux sociaux…

1 – Bonjour Maxime ! Merci de te présenter et de nous raconter le moment où ta passion pour l’écriture a commencé ?

Lyonnais à béret né en 91, portraitiste littéraire salarié, conseiller littéraire occasionnel sur les réseaux sociaux et auteur de Fantasy médiévale sur mon temps libre. C’est peu ou prou par cette dernière porte que je suis entré dans l’écriture, puisque mes premiers textes réellement personnels remontent à ma période Baldur’s Gate II. Disons que ce jeun vidéo a su éveiller l’envie, tout d’abord de vivre dans un univers fictif – ce qui m’a conduit à une longue période de Role Play textuel -, puis à emprunter ceux des auteurs pour raconter des histoires – là encore, petit détour par des fanfictions dans la licence Warhammer -, et, enfin, à concevoir un cadre qui me soit propre avec mon projet actuel.

Concernant le goût pour l’écriture plus spécifiquement, il s’est d’abord affirmé dans tout ce que la création de monde – le world building – peut avoir de ludique et de délassant pour un élève de sciences « dures » : tracer des cartes, dessiner des blasons, puis rédiger des descriptifs de peuples, de coutumes, de caractéristiques géographiques… En clair, ce n’était pas tant une recherche d’esthétique qu’une façon de tromper l’ennui suscité par un cours de mathématiques. Il a encore fallu plusieurs années de tâtonnements pour arriver à la stylistique, au plaisir de tailler de belles phrases qui iraient soutenir cette oeuvre-là. Quant à mettre le doigt sur l’instant précis où je me suis ouvert à cette sensibilité particulière, j’avouerai ne pas m’en souvenir avec assez de netteté pour vous en faire un bon récit ! C’est davantage une sorte de montée en puissance étalée sur une décennie, qui m’aurait permis d’apprécier progressivement la forme dont, à l’origine, je me préoccupais bien moins que du fond.

2 – Ta carrière professionnelle est déjà une littérature. De « Lead Husky » à l’Attelage à entrepreneur en collectif au sein de Pangar Studio (licence fantasy transmédia) et portraitiste à TRAFALGAR Maison de Portraits haute couture, comment se sont écrits tes choix de carrière ?

Principalement par le refus de rentrer dans le rang. On m’a toujours dirigé vers des études scientifiques et je me suis toujours efforcé de nager en biais contre le courant pour atteindre l’autre rive. C’est extrêmement compliqué de vivre de son écriture ; peu de gens y parviennent sans se percher sur des revenus engendrés par une immense pile de parutions. Je n’avais pas cette possibilité – ou plutôt, je ne me voyais pas subir une première moitié de vie dans l’insatisfaction permanente en alimentant, livre après livre, une rivière de revenus passifs. Toutes mes décisions ont donc été guidées par la nécessité impérieuse de trouver des ingéniosités à même de dégager un salaire.

La première option a consisté en une réinvention du mode de fabrication et de commercialisation des récits, avec l’Attelage. L’objectif était de permettre une rémunération constante pour les auteurs au fil de leur écriture : un système d’abonnements sériel couplé à un mode de fonctionnement en coopérative devait redistribuer l’argent parmi le contingent « d’Attelés » que nous avions recrutés « sur plans » – c’est-à-dire sans manuscrit finalisé. L’expérience a tenu trois ans ; c’est en quelque sorte la durée passée laquelle un projet se destine à la mort ou au succès. Ce fut la mort, pour des raisons multiples qu’il serait fastidieux de relater ici ! J’ai néanmoins pu rebondir dans l’entre-deux : à l’occasion d’un concours entrepreneurial où je présentais l’Attelage, une ancienne lauréate revenait pour un retour d’expérience. Il se trouve que cette ancienne lauréate est mon employeuse actuelle – la fondatrice de Trafalgar Maison de Portraits.

S’il ne faut certes jamais courir deux lièvres à la fois, celui qui entend percer dans l’écriture se doit de garder ses yeux et ses oreilles à l’affût des opportunités. Après quelque temps passé à corriger et éditer les Portraits de Trafalgar avec une pointe de freelance sur le côté, j’ai été embauché pour y écrire en interne.

Parallèlement à ça, j’ai réuni les collaborateurs de l’Attelage avec lesquels j’avais le plus d’affinités pour leur proposer de travailler sur Pangar. Il faut savoir s’accrocher, réviser sa copie, admettre quand on s’est trompé… et savoir gérer plusieurs activités en simultanée avec la même rigueur pour chaque.

3 – Ton genre de prédilection est la Fantasy. Le Griffon est en toi ! Raconte-nous… Quels sont les autres genres que tu affectionnes ?

J’aime tout ce qui est bien écrit : c’est très simple et très difficile à la fois d’acheter un livre quand on n’a aucun autre critère pour les discriminer. Je n’aimerais pas me retrouver à choisir sur une simple question d’étiquetage parce que j’ai la conviction qu’on reconnaît immédiatement le talent quand on y est exposé – et que le talent surpasse tout le reste. J’apprécie d’écrire de la Fantasy parce qu’elle m’autorise cette petite friandise langagière qu’est l’archaïsme, mais je ne suis fermé à aucun genre. Je ne suis fermé qu’à un mauvais style !

4 – Comme tu le sais, le blog est dédié à la nouvelle, aux récits courts. La nouvelle, en recueil ou individuelle, ne remporte pas le succès escompté en France, contrairement aux shorts stories outre-Atlantique. Élaborer une nouvelle, c’est se concentrer sur l’essentiel ; éliminer le superflu ; une structure narrative particulière. Elle est adaptée de par son format restreint à notre quotidien. Beaucoup d’auteur(e)s l’utilisent comme outil de promotion pour leurs romans. Es-tu d’accord avec ses affirmations ?

Oui, les shorts stories sont beaucoup plus populaires dans la sphère anglo-saxonne que chez nous. Nous avons une culture littéraire qui ne reconnaît que le « grand roman » pour vaisseau ; elle laisse sur le côté la nouvelle, la novella, la poésie, ainsi que les genres extérieurs au contemporain. C’est malheureux, mais j’ai eu la sensation d’avoir touché un nerf à vif quand j’ai sorti la blague « qui lit les recueils de nouvelles, sinon les auteurs de nouvelles eux-mêmes ? » sur les réseaux.

La nouvelle demande effectivement une rigueur et une approche très différentes du travail romanesque . Dans une certaine mesure, elle est plus exigeante : c’est un sprint qui tient dans le traitement d’une idée. Et cette idée doit être extrêmement bonne pour mériter qu’on lui dédie un texte à part entière. Logiquement, une nouvelle ne devrait pas pouvoir devenir un roman, et vice-versa ; c’est sous cet angle-là de spécificité absolue qu’il me semble pertinent de travailler, et c’est peut-être aussi pour cette raison que les nouvelles n’ont pas la faveur du public. Si on réalise une nouvelle avec la même méthode qu’un roman, on n’arrive qu’à produire un texte qui n’a aucun intérêt pris séparément, ou pis : qui crée davantage de frustration que de plaisir chez le lecteur. Il faut que tous les ingrédients soient contenus dans le format, et cela entraîne notamment pour conséquence une entorse à l’illusion de réel si chère au roman. Vous n’aurez pas le temps de détailler la marque de la voiture, la forme du sac à main, la ville traversée : tout doit servir l’idée choisie. La nouvelle a son intérêt comme outil de promotion du roman si, et seulement si, elle amène le lecteur à considérer le roman comme une continuité et pas, nuance de taille, une continuation. Trop souvent, on part du principe naturel qu’il suffirait de raconter quelque chose, n’importe quoi et donc souvent une trivialité, qui se déroulerait avant le début du roman. Forcément, cette chose n’est pas assez importante pour justifier qu’on démarre le roman en parlant d’elle – on essaie alors d’accrocher le lecteur avec un événement qu’on n’aurait normalement pas écrit ! C’est se tirer une balle dans le pied avant le départ du sprint…

5 – Quels conseils d’écriture donnerais-tu à un auteur en herbe ? Quels sont ces ingrédients semeurs de différence ?

Trois choses à retenir : le style, le style, et surtout le style.

Nous sommes les enfants d’une époque nourrie de fictions ; le carburant scénaristique ne manque à personne. Je n’ai pas encore rencontré d’aspirants auteurs avec un scénario incomplet, incompréhensible ou incapable de soutenir leur histoire : nous avons ingurgité une telle quantité de livres, de films, de séries, de jeux vidéo, de pièces, etc, que l’ossature du récit nous est évidente. Ce qui va faire qu’on vous retient plutôt qu’un autre, c’est la voix que vous allez insuffler à ce récit. Le choix des mots, le souci des tournures, et tout ce que vous allez mobiliser de richesse linguistique pour maintenir l’attention de votre lecteur loin des distractions dont la modernité foisonne.

Je ne vais pas mentir : travailler son style commence par un apprentissage rébarbatif des techniques, qui n’est pas sans rappeler l’antichambre de la musique classique qu’est le solfège. Produire beaucoup de textes défectueux vous ralentira énormément à long terme ; c’est quelqu’un d’embourbé dans la réécriture depuis dix ans déjà qui vous le dit ! Mieux vaut acquérir les fondamentaux sur des écrits peut-être plus « jetables » que de se lancer à corps perdu dans un roman ou un recueil.

Vous voulez un brin de ressources ? ► Thread : les adjectifs

Encore un ? Par ici ► Thread : le point-virgule

Vous êtes gourmands je trouve… ► Thread : 10 leçons apprises en 10 ans d’écriture

7 – Peux-tu nous donner quelques astuces, techniques immuables que tu utilises pour écrire ? Un outil, un logiciel particulier ?

En termes d’outils, l’incontournable logiciel Antidote demeure une référence pour quiconque souhaite investir. C’est un gisement si profond qu’il peut sembler inutile, mais quand on prend un peu la peine d’explorer tout ce qu’il propose, on s’aperçoit qu’il couvre presque tous les sujets : définitions et synonymes/antonymes, bien sûr, mais également correction, étymologie, cooccurrences, familles, variantes orthographiques, règles grammaticales… Il ne manque que les rimes, ce que le dictionnaire rimessolides.com fait très bien par ailleurs ! Pour les auteurs archaïsants, le dictionnaire du Moyen Français du Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales offre la possibilité de rechercher des mots qui ont disparu, faute d’usage, mais dont la construction est encore assez proche du français actuel pour les réemployer si besoin. C’est aussi un socle pertinent pour inventer soi-même des mots adaptés à un contexte médiéval !

Pour ce qui est des techniques, j’ai dépensé un temps et une énergie considérables à en formaliser une palanquée pour les proposer à la lecture gratuite. Vous pouvez retrouver tout ça sur ce GoogleDoc.

Personnellement, j’ai un faible pour les reprises : utiliser « en », « y », « dont », et autres subterfuges offrant l’agrément d’escamoter un terme. Je les vois comme des preuves de raffinement et d’effort pour organiser les mots dans un ordre optimal, limiter les répétitions et épargner l’utilisation des synonymes, des périphrases… Bref, elles permettent plus de compacité.

8 – Pour promouvoir tes activités, quels sont tes réseaux sociaux préférés ? Utilises-tu des outils particuliers de gestion et développement de communautés ?

Sans doutance, le réseau qui procure le plus de traction par rapport à l’effort fourni demeure Twitter, et c’est le seul que j’aie conservé pour servir ma « communication personnelle ». Une fois intégrés le fonctionnement et les boutons psychosociaux sur lesquels appuyer pour obtenir le résultat voulu, il devient très facile de diffuser un message ou de faire connaître son profil à grande échelle. Pour y parvenir, il convient toutefois de se fixer un axe éditorial en amont, de façon à ce que le compte produise des contenus cohésifs : si vous vous rendez « célèbre » à votre humour, c’est ce que vos abonnés viendront chercher sur votre profil en priorité. Ça paraît simpliste dit comme ça, mais il s’agit pour moi de tordre le cou à l’idée reçue selon laquelle on tweete n’importe quoi à n’importe quelle heure. On ne vient pas ni sur Twitter pour déblatérer des banalités, ni pour « faire un coup », et malgré son apparente éphémérité, Twitter est une plateforme où l’empreinte personnelle s’avère considérablement plus forte qu’ailleurs. L’implication concrète, c’est que votre réputation va avoir un poids plus important sur Twitter que sur une plateforme « sécurisante » comme Facebook : tous les tweets sont publics et ont le potentiel de devenir viraux. Un outil à double tranchant donc, mais très performant quand on appréhende ses règles invisibles. L’engagement de mon compte personnel tourne autour de 5 % pour des tweets écrits en trente secondes, et il peut atteindre les 50 % quand on ne suit pas une recette trop idiote. À titre d’exemple, nous avons diffusé des descriptions de griffons à soixante-dix personnes sur un compte qui ne disposait que d’une centaine d’abonnés, et en avons retiré environ quarante-cinq abonnements. La sauce mystère ? Un gif qui tournait entre nos quatre races de griffons, avec une incitation à cliquer pour faire arrêter la roulette sur le griffon que le hasard aurait choisi pour vous.

Le second versant essentiel sur Twitter, c’est la construction de la notoriété jusqu’à atteindre la position d’expert dans notre domaine – ici, l’écriture. Cette position d’expert passe là encore par la production de contenus à haute valeur ajoutée qui va éprouver les capacités de pédagogie et de vulgarisation : vous l’aurez compris, je parle du thread. Un thread prend davantage de temps à composer – comptez en moyenne une demi-heure -, mais c’est votre principal vecteur d’acquisition de nouveaux abonnés dans les premières phases de votre compte. Avec un bon thread, un nouvel utilisateur peut gagner des dizaines d’abonnés ; vous n’avez qu’à partager un morceau de vos connaissances pour que les gens s’y intéressent et se disent « tiens, j’aimerais ne pas rate le prochain ! » Avec cette démarche et votre position d’expert bien établie, vous verrez que vos abonnés seront plus actifs que la moyenne – à ce propos, ne copiez pas les stratégies des comptes à deux ou trois mille abonnés qui n’ont aucune traction sur leurs tweets ! C’est du flan. Un tweet a besoin d’une propulsion immédiate pour devenir viral, et les personnes que vous aurez aidées seront plus enclines à vous la donner que d’autres acquises par des biais douteux comme le follow back. Le processus peut sembler fastidieux ; vous remarquerez assez promptement qu’un thread ne peut couvrir qu’une ou deux notions à la fois cependant. Traitez-les consciencieusement et gardez la suite pour un autre thread : morcelez intelligemment ce que vous savez pour le redistribuer en bouchées digestes !

9 – Prêt Maxime pour le questionnaire de Pivot ? 

Mot préféré ? Altier.
Mot détesté ? Piqûre, pour sa graphie absconse.
Drogue préférée ?  Un bon whisky.
Son, bruit, aimé ? Le crissement du polystyrène – rien que d’y penser, j’ai la peau qui se hérisse.
Juron, gros mot, blasphème préféré ? Margoulin ! On ne dirait pas une insulte – à peine une réprimande pour avoir mis la main dans le pot de confiture.
Homme ou femme pour illustrer un billet de banque ? Montesquieu.
Métier que tu n’aurais pas aimé faire ? Chirurgien : je fais partie de ces poltrons qui grimacent voire se couvrent les yeux devant le gore.
Plante, arbre, animal dans lequel tu aimerais être réincarné ? C’est compliqué de ne pas répondre « un gros chat qui n’en rame pas une », non ? Mais si j’avais vraiment le choix, je me réincarnerais en être humain pour le défi.
Si Dieu existe, qu’aimerais-tu lui entendre te dire ? « Ce mot que tu as tant cherché, le voilà : c’est… »

10 – Quel type de lecteur es-tu ?

Celui qui s’exclame « roh, ça c’est pas mal ! », et s’en va immédiatement partager à la ronde le trait d’esprit qu’il vient de lire. Celui qui lit à voix haute pour les autres, aussi, et qui joue sa lecture !

11 – Ton livre sur l’écriture préféré ? Ton auteur(e) ou écrivain(e) préféré(e) ?

C’est une question à laquelle je n’ai jamais su répondre parce que je la trouve dangereuse pour un producteur de littérature : de mon point de vue, il est avisé d’adopter une attitude ouverte et curieuse, de ne pas se figer sur quelqu’un qu’on prendrait pour une sommité. Si on m’avait demandé « quelle est ta compositrice préférée ? », j’aurais décoché « Yuka Kitamura » tout de go, mais c’est précisément parce que je ne compose rien que je me sens libre de m’enfermer dans son style musical. L’extrême inverse s’avère tout aussi édifiant, puisque de nombreux auteurs craignent de voir leur style « influencé », « parasité », « pollué » – certains vont loin… – par leurs lectures. Si votre style se déboussole dès que vous ouvrez un livre, c’est qu’il manque de solidité – et s’il manque de solidité, c’est que vous n’avez pas encore assez pratiqué.

12 – Prospective : comment vois-tu le futur du monde de l’édition, de l’autoédition ? Le numérique supplantera-t-il le papier dans 10 ans ? Le collaboratif, le participatif, en écriture, sont-ils les concepts de demain ?

Je suis formel quand j’affirme ceci : le papier ne remplacera pas le numérique. Il ne remplacera pas le numérique pour la simple raison qu’il ne remplit pas les mêmes fonctions. Le livre papier relève d’une marque sociale ; il est chargé d’une telle valeur symbolique qu’on l’affiche fièrement chez nous après l’avoir « consommé ». Il a une seconde vie en tant que bibelot et témoin d’une culture particulière, d’une érudition caractéristique pour la personne qui choisit de s’en prévaloir en l’incorporant à son intérieur. On ne peut nier que cet emploi est inaccessible au pendant numérique, et que si la filière papier ne répondait qu’au besoin de lecture, des éditions aussi prestigieuses que la Pléiade n’existeraient tout bonnement pas. Tout au plus peut-on s’attendre à une possible spécialisation des formats : le numérique comme transit de masse, le papier comme objet délibérément esthétique. S’il me fallait hasarder une vision, j’aimerais qu’elle annonce la fin du livre de poche ; voilà un support qui commence à manquer d’utilité et freine la transition vers l’écrit dématérialisé.

On ne se trompe jamais en postulant qu’il va falloir faire mieux, plus grand, et plus rapidement. Appliqué à l’écriture, j’envisage effectivement qu’à moyen-long terme, l’artisan isolé qui fait norme aujourd’hui se transforme pour intégrer des équipes de production. Ça ne veut pas dire qu’il faut standardiser ladite production ou la révolutionner ; ça veut dire qu’une mise en commun des savoirs et des moyens permettent d’avancer plus vite, même sur des projets indépendants les uns des autres. Et pour qu’au « plus vite » s’ajoute le « plus loin », je crois à une restructuration profonde de nos modes opératoires ; je crois qu’une certaine dose de rationalisation nous attend au tournant pour lutter contre une surproduction littéraire qui n’apporte rien à personne – ou presque. Si chacun s’évertuait à tourner ses propres films, il n’y aurait ni Netflix, ni Hollywood, et pourtant ce sont là deux entités qu’on ne peut déraciner du paysage actuel. Si chacun s’évertuait à produire ses propres jeux ? Pas de Blizzard Entertainment, pas d’EA Games, pas d’Ubisoft, pas de CD Projekt Red, pas de Square Enix. On peut appliquer ça à presque tous les secteurs, sauf aux plus anciens dont l’écriture fait encore partie. Ce sont pourtant les licences produites par les grosses structures qui poussent à elles seules l’industrie culturelle, et on observera qu’en cas de matériau source écrit, l’adaptation audiovisuelle devient pourtant la force motrice des licences – même quand l’écrit est inachevé comme c’est le cas pour Le Trône de Fer ! Il reste donc à concevoir une sorte de licence dont le pilier sera écrit, mais qui saura se dériver intelligemment pour toucher tous les publics étendus sans se dissoudre en cours de route.

À cet égard, il est pertinent de diriger le regard vers les comics Marvel pour prédire le futur et en prévenir les dérives potentielles. Marvel a rationalisé sa production de comics en la déléguant à un grand nombre d’intervenants ; c’est ce qui lui a permis de développer autant d’univers sur une telle profondeur dans un laps de temps « relativement bref » à l’échelle de la création artistique. En est sortie une myriade de produits dérivés, sous le contrôle direct de Marvel tout d’abord, puis de Disney, qui amorça le rythme de parution effréné qu’on connait aujourd’hui. On peut penser ce qu’on veut des films Marvel, il faut surtout retenir que leur exploitation ne se fait pas sans heurt auprès de l’audience historique : les fans de comics. Si les adaptations cinématographiques persistent à mécontenter ces fans, la licence risque  de se scinder en deux sous-factions qu’il sera délicat de réconcilier autour de produits communs. Rappelons-nous donc que tout édifice devient instable sitôt qu’il devient collectif ! Bâtir une licence durable requiert une rigueur et un processus qualité performant ; c’est donc un avenir où l’auteur se double d’un consultant et d’un responsable qualité sur toute la chaîne que je pressens.

13 – Pour terminer Maxime, si on se donne rendez-vous dans 10 ans, sais-tu déjà où tu seras et dans quelle fonction ?

J’anticipe sur la question d’après en vous donnant une citation que je n’ai pas retenue :

Daniel Pennac disait : « il y a pire que l’imprévu, ce sont les certitudes ! » Je préfère laisser la fortune ou l’infortune mener la barque ; de toute façon, je n’arrêterai jamais de ramer… !

14 – Les trois citations/proverbes préférés de Maxime et sa devise

On brasse énormément de citations à Trafalgar ; il va m’être compliqué de s’arrêter sur trois en particulier. Au prix d’un tri drastique, les voici :

« N’interrompez jamais un ennemi qui est entrain de faire une erreur. »

(Napoléon Bonaparte)

« Si j’avais demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils auraient répondu : « des chevaux plus rapides ». »

(Henry Ford)

« La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »

(Albert Einstein)

Ma devise personnelle a longtemps été « noble ne choit ; plus noble encore se relève », mais je l’ai changée pour du latin avec « et praeda praedator factum est », ce qui se traduit simplement par « et la proie devient prédateur ». Je trouve que la similitude entre praeda et praedator lui confère son impact.

 

TRIBUNE D’EXPRESSION LIBRE

Après un premier échec entrepreneurial qui m’a fait emprunter le chemin de l’exil provisoire, je suis revenu sur Twitter pour construire une communauté autour de l’exigence et de la professionnalisation en écriture. Si vous aprréciez le « parler vrai », les conseils concrets étayés par des exemples d’application et le travail de forme, je vous invite à me rejoindre ! Je m’efforce de marier les threads à un humour plus léger de type « meme » sur la littérature et l’écriture en général.

J’y tweete sur Pangar, mon projet personnel, de temps à autres, mais vous pouvez plus immédiatement vous rendre sur Pangar.fr si vous souhaitez en prendre connaissance – on a de chouettes illustrations et une musique composée exprès pour l’univers.

Sachez que je ferai toujours mon maximum pour rester disponible et offrir un coup de main si vous bloquez sur une phrase, un paragraphe récalcitrant : vous n’avez qu’à m’envoyer un message privé sur la plateforme. Je fais également gagner, à mes abonnés Twitter et tous les quinze jours, des séances de coaching gratuites d’une durée de deux heures.

Voilà ! J’espère vous avoir apporté au moins un petit quelque chose au cours de cette interview. Je vous dis donc au revoir, et avec un peu de chance, à bientôt sur Twitter… !

Retrouvez Maxime sur Twitter ► @Maxime_Durante

PANGAR

« Pangar est la rencontre entre roman de Fantasy et jeu de rôle : poursuivez l’aventure au-delà des chapitres en incarnant votre propre personnage, approfondissez vos connaissances et vos liens avec l’univers, spécialisez-vous pour accomplir vos objectifs à votre manière, et immergez-vous dans une intrigue qui fera de vous un protagoniste à part entière d’un monde au bord de la guerre. »

Pangar.fr, le site

@Pangar_Studio, le twitter

Facebooktwitterpinterestlinkedinmail

2 Responses

  1. Avatar

    Ouaaaaaaaa !
    Premier article :BAM c’est Maxounet ^^ enfin Maxime D. Je calme ma folie :3 C’est très inspirant et honnête ce qu’il dit. C’est pour ça que je l’apprécie d’ailleurs. Ah pour Twitter ahah ma politique est le speed XD ça marche mieux sur les RS que dans les livres mais…j’améliorerai mon style, coach si un jour tu vois ce commentaire : sache que je m’entraîne tous les jours ou presque…. ! ♥ – ♥
    C’est génial ces ITW ! J’applaudissais déjà le travail de Larry mais là je m’incline ! Beau travail !

    1. Larry

      Bonjour Maritza,

      Merci pour ce commentaire.
      Eh oui, c’est le petit Maxounet ^^ qui est le premier invité de « Virtuoses ». Beaucoup de valeur ajoutée effectivement. Quant à la politique, chacun(e) y va de son ressenti…
      Bonne découverte du site et à très bientôt.
      Larry

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.